Pratique de Qigong Tuina après une opération chirurgicale

Comment le Qigong peut impacter le post-opération

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Pratique de Qigong Tuina après une opération chirurgicale

par

Acupression et bases de Qigong Tuina
promotion 2022

Préambule 

Entrer dans le domaine du soin à la personne requiert une véritable boîte à outils: naturellement des connaissances anatomiques (mais pas que); de la pratique en séances avec une table de massage, car chaque personne est différente, comme chaque moment; une forme d’altruisme, car sinon s’intéresser à la santé des autres a peu de sens; de l’écoute pour entendre ce qui est dit, ou exprimé sans être dit; sans oublier de la rigueur, dans l’apprentissage, dans l’établissement d’un diagnostic ou dans la mise en oeuvre d’un principe de traitement; et surtout… une grande dose d’humilité, car vouloir avancer vers le domaine de la Santé, n’est-ce pas aussi manifester une forme d’orgueil, vouloir s’approcher du mystère insondable de la Vie, alors que pour chaque apprentissage comme pour chaque consultation, il nous faut cent fois remettre l’ouvrage sur le métier? 

Entrer dans la Médecine Traditionnelle Chinoise (M.T.C.), selon moi c’est un peu comme entreprendre l’ascension d’une montagne, pour peut-être, à force de persévérance, arriver proche du sommet, et constater alors qu’il ne s’agit que d’une seule montagne parmi une vaste et large chaîne de sommets de différentes altitudes, formes et couleurs, constituant un immense massif qui se perd à l’horizon, parfois sous les nuages parfois sous le soleil, mais qui remet toujours l’être humain à son humble place dans le vaste univers. 

Quatre semaines complètes de sept jours de formation en acupression et bases de Qigong Tuina de la lignée Bai, lorsque l’on est déjà employé à temps plein dans un secteur d’activité vraiment différent (surtout s’il a souvent tendance à privilégier la recherche du profit avant le celle du bien-être), c’est déjà un défi en soi. Quatre semaines de cours théoriques, de pratiques assidues et de riches partages, c’est un enseignement déjà très dense à infuser. Je m’aperçois qu’il faut vraiment pratiquer sur quantité de personnes pour commencer à travailler ce savoir, pour le malaxer comme un potier empoigne l’argile et lui donne forme sur son tour, pour commencer à se l’approprier et espérer un jour en faire quelque chose. 

D’où la logique de soixante séances pratiques. Au moment de rédiger cet article, il me reste un peu moins de la moitié à réaliser. Au début cela semble beaucoup, mais séance après séance, en fait cela semble chaque fois tellement peu par rapport à la diversité rencontrée de personnes, de physionomies, d’âges, de vécus, de personnalités, de demandes, d’états de réceptivité, … L’être humain apparaît dans toute sa diversité et sa complexité, mais étrangement, également dans toute son Humanité de chair et de sang, d’émotions et de besoins fondamentaux: ne pas (plus) souffrir et être en paix. 

La rédaction d’un article, quant à elle, oblige à s’extraire du temps qui court et des distractions, oblige à réfléchir sur ce qui a été entendu, ce qui a été dit, ce qui a été vu et ce qui a été fait – ou pas – lors des séances de pratiques, mais aussi lors des cours, dans le dense syllabus ou les lectures annexes, … Cela oblige à prendre du recul sur la mise en situation de l’apprentissage, des choses que l‘on aurait dû faire ou faire autrement, sur l’importance de détails ou éléments anodins qui pourtant sont autant d’indices et de pas en avant vers l’acquisition de l’enseignement et de sa mise en pratique. En quelque sorte, écrire oblige à remettre en question la structuration du savoir théorique et expérimental, à les lier pour tenter de les organiser et, peut-être, oser les partager. 

Choix du sujet de l’article 

J’ai choisi de rédiger cet article autour d’une personne, parmi celles qui m’ont fait confiance et ont accepté de recevoir des séances d’acupression et Qigong Tuina, dans le cadre des soixante séances pratiques à réaliser. 

La particularité de ce sujet réside dans le fait que, contrairement aux séances pratiques où les élèves et volontaires rencontrés étaient physiquement aptes à recevoir toutes les techniques apprises et disposaient de toute leur mobilité, il s’est avéré que cette personne1 présentait une forme de contrainte physique qui restreignait le choix des techniques applicables, m’obligeant à chercher une solution parmi la palette des techniques enseignées pour tout de même tenter de procurer une réponse à chaque demande formulée. En quelque sorte un obstacle de plus, mais j’avais à cœur de tenter d’aider cette personne. 

Cette personne recherche une solution par rapport à un problème de santé survenu de manière soudaine et intense, un peu déstabilisant sur le plan émotionnel, de sorte que cet état devînt source, sinon de douleur permanente, du moins d’inconfort significatif. 

Enfin, j’ai trouvé intéressant que cette personne n’ait jamais eu recours à des soins dits “non conventionnels” de type acupression (ou acupuncture), ni (Qigong) Tuina, ni même ostéopathique. J’étais très intéressé de voir les résultats de ces séances. 

J’ai rencontré cette personne en séances à son domicile, en raison de limitation dans les possibilités de déplacement, causée par les contraintes physiques que j’évoquerai plus loin. 

Cette personne a exprimé explicitement le souhait d’être anonymisée et non reconnaissable, aussi lui ai-je alloué le prénom fictif de “Virginie” et tenté de limiter les éléments d’identification personnelle autant que possible, tout en conservant, au mieux de mes rares notes et de mes souvenirs, les éléments de diagnostic et de traitement. Eh oui, j’ai quelque peu manqué de rigueur dans la prise de notes pendant et après séance. La rédaction de cet article m’aura fait comprendre à quel point cela est précieux, en particulier lorsque la personne consultante revient en séance après un certain temps, afin de suivre l’évolution et éviter de faire répéter des éléments déjà partagés. 

1 Je tiens à préciser que d’autres personnes rencontrées en séances ont également présenté des contraintes physiques du même ordre, néanmoins le nombre et la régularité des séances étaient plus importants chez Virgine, de sorte que cette étude de cas me paraissait pertinente à elle seule pour la rédaction de cet article. 

Contexte 

Virginie, 47 ans, mariée et deux enfants. Pour l’entreprise familiale active dans le secteur tertiaire, elle doit parfois voyager en clientèle en France et à l’étranger. De 2020 à 2022, la période de confinement et le ralentissement économique engendré ont été une vive source d’inquiétude pour Virginie et son mari. Après cette période difficile, l’entreprise familiale a finalement pu reprendre “normalement” ses activités au cours de ces tous derniers mois. 

Fin mars 2022, Virginie entre pour une journée d’hospitalisation en chirurgie ambulatoire, afin de retirer un kyste sur l’ovaire droit. Malheureusement, le retour à domicile se passe mal (vomissements, douleurs abdominales) et l’oblige dès le lendemain à retourner à l’hôpital pour des examens complémentaires. Il semble que le péritoine2 soit perforé, l’obligeant à rester à l’hôpital de manière imprévue, pour au final y séjourner trois semaines afin de se remettre sur pied. Ce fût un coup dur pour le moral de Virginie. 

Une fois rentrée à la maison mi-avril environ, Virginie devait porter une gaine de maintien autour de l’abdomen et des bas de contention aux deux jambes. Faisant quelques pas dans le jardin avec son mari, son regard me semblait anormalement fixe et vide, presque éteint, elle avait des réactions lentes et la parole plutôt rare. Ces éléments font penser à une perte du Shen, vue en M.T.C. comme une forme de conscience organisatrice, permettant à l’organisme d’être en communication et en adaptation avec son environnement. Un Shen déficient peut notamment amener un état dépressif. Le moral de Virginie était plutôt bas à ce moment-là. 

A ce stade, Virginie m’apparaît de nature plutôt pauvre en Yang, caractérisée par un surpoids, une certaine apathie, des mouvements lents, des muscles faibles, une préférence pour la chaleur et la crainte du froid, les membres froids et un besoin de porter des habits chauds. 

2 Le péritoine est la membrane qui tapisse les parois intérieures de l’abdomen et recouvre les organes qui y sont contenus. 

Demande et contraintes 

Des soins quotidiens ont été prescrits, faisant venir à domicile un infirmier (i.e. piqûre anti-phlébite) et un kinésithérapeute (exercices pour recouvrer la mobilité). Virginie et son mari m’ont fait confiance pour voir s’il m’était possible d’aider Virginie à se remettre de l’opération, en complément des soins allopathiques déjà prodigués. 

Ainsi, fin avril 2022, entre la troisième (mars) et la quatrième (mai) semaine de formation, j’apporte pour la première fois ma table de massage pliable (acquise dès après la première semaine de formation en novembre 2021), l’installe et propose à Virginie de s’allonger dessus pour commencer la séance allongée, tenant compte de son état de fatigue. 

La première contrainte s’impose lorsque Virginie m’explique qu’elle n’est (évidemment) pas encore en mesure de s’allonger à l’horizontale sur le dos (encore moins sur le ventre) du fait de l’opération à l’abdomen et de la cicatrice qui en résulte. Par chance, lorsque j’avais choisi cette table, j’avais envisagé la possibilité de pouvoir relever un pan inclinable jusqu’à 45 degrés environ, convenant parfaitement au besoin de Virginie. Un large coussin ajouté pour le confort et la voilà installée. 

D’autres contraintes s’imposent ensuite puisque, dans cette position, impossible de travailler le dos, donc impossible, en cas de besoin, de pratiquer les massages le long du méridien de la vessie, ni de travailler les points Shu du dos, ou encore le méridien Du Mai (Vaisseau Gouverneur) et les points Hua Tuo Jia Ji qui parcourent la colonne vertébrale. Ensuite, du fait de l’intervention chirurgicale, il m’est également impossible de travailler sur tout l’abdomen. Je prends également en considération la pudeur de Virginie, comme le recommande le code de déontologie de la FFMBE3. Sur la face antérieure, les points Mu et le méridien Ren Mai (Vaisseau Conception) me seront donc également inaccessibles. 

En résumé, seuls me restaient accessibles: la tête, les bras depuis les épaules jusqu’aux mains, les jambes depuis les genoux jusqu’aux pieds; donc en bonne partie les points Shu antiques (ainsi que des points Yuan et Pen), plus des techniques de Qigong Tuina spécifiques aux jambes. Autant dire que la palette de moyens disponibles s’annonçait plutôt limitée. 

Diagnostic 

Ce tout premier constat effectué, nous poursuivons l’entretien (puisque le premier contact est déjà un début d’entretien). Elle m’explique être très fatiguée, dormir beaucoup, avoir les pensées qui tournent un peu en tête. Je constate que les pommettes et le nez sont un peu roses, sur un teint un peu terne mais pas particulièrement pâle. 

La langue est un peu enflée, humide et pâle, ce qui fait penser à de l’accumulation d’humidité due à un vide de Yang, un peu indentée (faisant penser à un vide de Qi de la Rate), avec un enduit de couleur entre jaune foncé et brun clair, ce qui peut indiquer de la “chaleur plénitude”. Virginie me confirme également avoir des renvois inhabituels (faisant penser à une rébellion du Qi de l’Estomac). La respiration semble assez courte, en particulier un peu plus courte à l’inspire (énergie du Rein) qu’à l’expire (énergie du Poumon). Rien d’autre à signaler si ce n’est de la difficulté à se déplacer, un peu de lourdeur dans les jambes et les genoux. 

La première prise de pouls révèle des pouls très profonds et faibles dans presque toutes les loges, un peu plus animés sur la loge “Terre” (i.e. Rate et Estomac). Cela semble confirmer les premières observations. A ce stade, je tente de fournir des explications bienveillantes à Virginie, qui s’interroge sur le diagnostic, dont la prise de pouls en Médecine Traditionnelle Chinoise, qui se fait avec trois doigts, successivement sur chacun des deux poignets. Je garde à l’esprit que l’énergie du méridien du Rein me semble basse, en toute logique suite aux derniers événements et l’inquiétude suscitée, de nature à causer un épuisement. 

Lorsque je pose les mains, à la palpation je me rends compte que Virginie est très sensible sur certains points bien précis: 

● au point 3 Rein (Tai Xi, Grande rivière), dans la dépression située entre la malléole médiale (=interne) et le tendon d’Achille, au même niveau que le sommet de la malléole médiale4: point Shu antique “Terre” (point “Rivière”) du méridien du Rein, point Origine (Yuan), qui nourrit le Yin du Rein et tonifie le Yang du Rein, ancre le Qi et a des effets bénéfiques sur le Poumon ; 

● au point 6 Rate (San Yin Jiao, Réunion des trois yin), situé sur la face interne de la jambe, à 3 cun (=un travers de main) au-dessus du sommet le plus proéminent de la malléole médiale, dans une dépression proche du bord médial du tibia5: c’est un point de croisement des méridiens du Foie, de la Rate et du Rein, qui tonifie la Rate et l’Estomac, élimine l’humidité, harmonise le Foie et tonifie le Rein, calme l’esprit et est indiqué dans le cas de troubles gynécologiques ; 

● au point 9 Rate (Yin Ling Quan, Source de la colline du yin), situé sur la face interne de la jambe, dans la dépression située dans l’angle formé par le condyle interne du tibia et le bord postérieur du tibia6: c’est un point Mer (He) et point Shu antique “Eau” du méridien de la Rate, qui régule la Rate et élimine l’humidité. 

Le point 6 Rate semble le plus sensible des trois points, mais de toute façon il m’est quasiment impossible de les travailler directement tant la sensibilité est importante à ce stade. C’est à peine si je peux poser les mains dessus. A nouveau, cela m’évoque une forme de plénitude, encore sans certitude quant à sa nature à ce stade du diagnostic. 

En revanche, Virginie est déjà surprise de constater qu’en touchant certains points précis, parfois à un demi centimètre près, je puisse déclencher ou non une sensation (ici une douleur), qu’elle ne ressent pas en temps normal sans appui sur la zone en question. L’acupression est une vraie découverte pour elle. 

Principe de traitement 

En principe de traitement, je me propose de travailler les méridiens de l’Estomac (drainer), de la Rate (tonifier) et du Rein (tonifier), à partir des jambes en Qigong Tuina

● la manoeuvre Heng Ca Yong Quan (Frotter Yong Quan transversalement)7 appliquée à partir du point 1 Rein (Yong Quan, Source bouillonnante), situé sur la plante du pied, entre le second et le troisième métatarsien, environ à un tiers de la distance entre la base du deuxième orteil et le talon, dans le creux qui se forme lorsque le pied est en flexion plantaire8: c’est un point Shu antique “Bois” (point “Puits”) du méridien du Rein, qui calme l’esprit, restaure la conscience (Shen) et ranime le Yang.9 

Virginie ne peut s’allonger sur le ventre comme requis dans la manoeuvre originale, mais ses plantes de pieds sont à la fois faciles d’accès et non douloureuses, aussi j’entreprends tout de même avec conviction d’appliquer la manoeuvre en frottant le point 1 Rein transversalement, soit en direction du point 2 Rein (Ran Gu, Vallée en feu)10 avec le creux de la paume de ma paume (8 Maître Coeur, Lao Gong, Palais du travail, est un point Pen, soit un Shu antique point Feu sur un méridien Feu). Avec cette manoeuvre11, je vise à travailler l’harmonie entre Coeur et Rein. Cela contribue à ramener Shen et aide à sortir de l’état dépressif, pour revenir à la joie du Coeur. 

“En fait, cette méthode Heng Ca Yong Quan est attestée dès l’an 610, dans le Zhu Bing Yuan Hou Lu dont elle constitue l’une des manœuvres phares.” (FERRANDO Amaël, Ibid.) 

Je commence par le pied gauche avec ma main gauche12 pendant quelques minutes, puis je laisse le centre de ma paume de main sur la plante du pied quelques instants, je couvre le pied gauche, puis je passe au pied droit avec ma paume de main droite et fais de même. 

10 Le point 2 Rein n’est pas un point Shu antique, il est situé sur la face médiale (=interne) du pied, en avant et en bas de la malléole médiale dans la dépression distale et inférieure (=en avant et en bas) à la tubérosité de l’os naviculaire, à la limite entre chair blanche et chair rouge. 

11 Selon la vision des points Shu antiques, on pourrait aussi considérer que le point “Feu” de la paume (i.e. Lao Gong) contribue à enflammer le point “Bois” de la voûte plantaire (i.e. Yong Quan) pour apporter du “Feu” (Yang) au méridien du Rein, et en le frottant transversalement vers le point “Feu” (2 Rein) sur le même méridien c’est comme si on souhaitait entraîner la roue des cinq éléments du “Bois” vers le “Feu”, pour relancer la dynamique de rotation naturelle et fluide. 12 La manœuvre prévoit de frotter plante du pied gauche avec paume droite et plante du pied droit avec paume gauche, mais cela n’est possible que lorsque la personne est allongée sur le ventre, ou bien en cas d‘automassage assis en tailleur. 

● la manoeuvre Fen Wei Jing (Séparer le méridien de l’Estomac)13 appliquée du côté externe de la jambe à partir du point 36 Estomac (Zu San Li, Les trois miles du pied) 14, point fortifiant qui va notamment renforcer la Rate et l’Estomac, en descendant jusqu’au point 41 Estomac (Jie Xi, Division du courant)15, qui fait notamment baisser le Qi à contre-courant, clarifie et draine l’Estomac, calme le Shen

Lorsque je commence la manœuvre, par la jambe gauche du côté externe, Virginie se montre immédiatement sensible, de sorte que je dois appliquer une variante de la manœuvre où il convient de remplacer la profondeur de l’appui par la vitesse. Je poursuis ainsi avec la variante de la manœuvre, qui convient mieux à Virginie. Après plusieurs descentes, du genou au pli de la cheville, je passe à la jambe droite. 

Lors du premier passage sur la jambe droite, je constate la présence d’un ou deux amas sous-cutanés (oedèmes?), qui m’invitent à la prudence, me rappelant la présence des bas de contention et des piqûres anti-phlébites. La jambe droite est plus sensible que la jambe gauche. 

● la manoeuvre Bu Pi Jing (Tonifier le méridien de la Rate)16 appliquée du côté interne de la jambe à partir du point 6 Rate (San Yin Jiao, Rencontre des trois yin)17, qui fortifie la Rate, le Foie et les Reins, chasse l’humidité et calme le Shen, en montant jusqu’au point 9 Rate (Yin Ling Quan, Source de la colline du yin)18, qui fortifie la Rate et élimine l’humidité. 

Lorsque je commence la manœuvre, par la jambe gauche du côté interne, Virginie confirme la sensibilité, mais je ne sens peu d’amas sous-cutanés du côté gauche. Je dois tout de même appliquer une variante de la manœuvre avec un appui plus doux et plus rapide, sans douleur pour Virginie. Après plusieurs montées depuis la cheville jusqu’au genou, je passe à la jambe droite, qui semble présenter également du côté interne plus d’amas sous-cutanés et de sensibilité que la jambe gauche. 

17 Le point 6 Rate n’est pas un point Shu antique, mais est un point de rencontre des 3 méridiens Rein, Rate et Foie. 

18 Le point 9 Rate est également un point Shu antique “Eau” (point “Mer”), qui se trouve au même niveau que 34 Vésicule Biliaire Yanglingquan. 

Cette manœuvre et palpation des jambes le long des méridiens de la Rate et de l’Estomac, en plus des observations précédentes, me fait penser à une possible accumulation d’humidité due au froid dans le bas des jambes sous forme de “glaires humidité” (à savoir une “production pathologique” éliminable selon la M.T.C.), qui pourraient bloquer le Qi et causer une stase de Qi dans un ou plusieurs des 6 méridiens y circulant (selon les couples Yin / Yang: Rate / Estomac, Foie / Vésicule Biliaire, Rein / Vessie). 

En mai 2022 au cours du module numéro 4, fut dispensée une séance d’une demi-journée de “Diagnostic et prise en charge des urgences vitales en consultation de première intention”. J’ai ainsi pu repenser au cas de Virginie et écarter le risque de Thrombose Veineuse Profonde (TVP), qui peut aboutir en embolie si elle n’est pas détectée et traitée à temps. D’une part, si parmi les symptômes figuraient une douleur du mollet (mais uniquement à la pression localisée) et ce de manière unilatérale (principalement jambe droite), il manquait les signes de gonflement, de rougeur / chaleur et le signe de Homans (i.e. dorsiflexion impossible au pied douloureux), d’autre part les piqûres d’anticoagulant et la contention veineuse sont le traitement idoine pour prévenir ce genre de pathologie. 

La première séance a duré environ une heure. Lorsque je suis revenu le lendemain, Virginie me confirma que la séance “lui avait fait du bien”, avait un peu mieux dormi et qu’elle était partante pour continuer. Nous avons donc mis en place un petit rituel quotidien: installation sur la table, faire le point depuis la séance précédente, prise des pouls, observer langue et teint, appliquer les manœuvres qui étaient bien tolérées par son état actuel. 

Résultats 

Ainsi, je suis revenu tous les jours de la semaine, pendant un peu plus de deux semaines d’affilée, jusque début mai, pour une douzaine de séances d’environ 45 minutes. C’était à la fois motivant et enrichissant, car au fil des jours j’ai pu objectivement observer des changements: 

● au début des séances, Virginie avait froid et portait un chandail pour se tenir chaud, puis au fil des séances, vint un jour où, se levant pour l’accueillir, elle réfléchit à voix haute sur la nécessité de conserver ou non le chandail pendant la séance, mais je ne dis rien. Plusieurs séances plus tard, je lui fis remarquer que spontanément, elle délaissait à présent le chandail avant de s’installer sur la table. Elle me répondit que la sensation de froid semblait s’en aller ; 

● au fur et à mesure des séances, Virginie semblait retrouver de la lumière dans le regard et de l’animation (du latin anima, ici au sens de “souffle de vie”), ce qui réjouit sa maman, présente tout au long de ses semaines de convalescence ; 

● la couleur de l’enduit de la langue s’est progressivement éclairci pour devenir blanc pâle et mince, indiquant ainsi une amélioration ; 

● la prise de pouls était pour moi l’aspect le plus surprenant, car de jour en jour, je pus constater un relèvement général et progressif de tous les pouls. Ils devinrent progressivement moins profonds et moins faibles dans toutes les loges. L’évolution ressemblait un peu à l’affichage visuel aimé d’un morceau de musique à plusieurs fréquences sonores, montantes et descendantes un peu chacune individuellement, mais dont le niveau global d’ensemble remontait de jour en jour ; 

● au niveau des deux manoeuvres Fen Wei Jing et Bu Pi Jing (appliquées le long des jambes), je constatais que Virginie ressentait de moins en moins de douleur, au sens où j’ai pu progressivement marquer l’appui de plus en plus en profondeur, moins en vitesse et en légèreté qu’au début. Cela permettait de travailler plus en profondeur et donc sans doute aussi de manière plus efficace. 

Conseils 

Virginie recevant informations et conseils avec intérêt, je lui avais expliqué qu’à mon sens, il semblait y avoir une forme de stagnation, peut-être d’humidité (selon la M.T.C.), qu’il fallait tenter de chasser par une remise en mouvement de l’énergie et du corps. Dès le début, je lui ai proposé deux moyens complémentaires aux séances pour l’aider à avancer par elle-même sur le chemin de l’auto-guérison: 

● tout d’abord mettre de l’attention dans la respiration. En effet, un petit détail dès la première séance avait attiré mon attention. Je ne voyais presque pas Virginie respirer, sauf lorsqu’elle se mettait en mouvement pour se déplacer. Comme l’explique Jean Pélissier dans ses conférences et supports audios19, on peut se passer pendant plus ou moins longtemps de penser, pendant quelques jours de manger ou même de boire, mais il nous est impossible de cesser de respirer au-delà de quelques minutes, preuve s’il en est de la fonction essentielle de la respiration pour l’organisme. Comme les reins sont attachés au diaphragme (muscle séparant abdomen et cage thoracique), d’amples et calmes respirations peuvent contribuer à les faire bouger jusqu’à 10 ou 12 centimètres dans un mouvement vertical, leur procurant ainsi un auto-massage drainant naturel. Quoi de plus simple pour aider les reins à se remettre en forme ? Enfin, une bonne expire active également l’énergie du Poumon, qui doit pouvoir “saisir l’énergie du Rein” pour la diffuser (selon la M.T.C.). J’ai donc conseillé à Virginie l’écoute et la pratique de quelques techniques de respiration, que j’ai moi-même déjà écoutées et pratiquées (et continue encore occasionnellement) pour ma propre santé ; 

● ensuite, mettre en mouvement. Chaque pas entraîne la musculature des jambes, mais aussi tout le reste du corps, de par la simple nécessité de conserver l’équilibre, actionnant ainsi les pistons et pompes de l’être humain, les tendons et les muscles, mais aussi le Coeur, le Poumon, le Foie, le Rein, etc. qui pompent les liquides et les font circuler à travers le corps de diverses manières plus ou moins apparentes (sang, lymphe, liquide synovial, liquide céphalo-rachidien, etc.), mettant tous les fluides en circulation. Quel meilleur moyen pour se débarrasser des stagnations que de mettre son propre corps en mouvement de marche naturelle? Virginie m’explique que le kinésithérapeute lui fait faire quotidiennement des exercices de mobilité, par exemple monter et descendre un escalier, ou se tenir sur le bord d’une marche d’escalier puis passer de la pointe des pieds en flexion et vice versa. Je l’encourage donc, également, en complément, à marcher: d’abord modestement et prudemment, en commençant par faire le tour de la table du salon, puis lorsque cela sera aisé, tenter un aller-retour vers le jardin, puis lorsque cela sera facile tenter une sortie dans la rue (accompagnée au besoin). Son mari a également entendu le conseil et a par la suite multiplié les occasions l’encourageant à marcher. 

Epilogue 

Mi-juillet, soit un peu plus de deux mois après la dernière séance et environ quatre mois après l’intervention, Virginie est venue à mon domicile. Elle a monté sans difficulté l’escalier sur deux étages, menant jusqu’à l’espace aménagé pour recevoir les personnes en consultation. Virginie m’explique avoir bien marché, entre autres sous l’impulsion de son mari. Elle me semblait avoir retrouvé un état de forme bien plus satisfaisant, proche de celui qui était le sien avant l’intervention chirurgicale de mars. 

Pour l’heure, elle pouvait à présent s’allonger horizontalement sur la table de massage, cependant une préoccupation en remplaçant parfois une autre, Virginie revenait en séance avec une demande concernant une perte de cheveux apparue récemment et qui la préoccupait dans sa féminité. 

Selon la M.T.C., les cheveux sont vus comme “le surplus du sang”, dès lors la chute des cheveux peut être liée à la circulation sanguine, ou plus précisément la stase de sang20

Le Foie a pour rôle d’assurer la circulation de l’énergie vitale (le Qi) et du sang à travers le corps. Cependant, cette circulation peut se bloquer après un choc émotionnel, en particulier la colère dont l’excès nuit au Foie. La M.T.C. considère d’ailleurs que la Colère () fait monter le Qi du Foie, dont l’excès peut à son tour amener le Foie à agresser la Rate, agresser l’Estomac et parfois endommager le Rein et atteindre le Yin et le Jing

De manière similaire, le Rein abrite l’essence vitale Jing est en lien direct avec les cheveux. Une émotion telle que la Peur (Kong) s’effondrer l’énergie du Rein et peut faire blanchir prématurément les cheveux. On dit que la réception du Qi du Poumon peut être altérée (oppression thoracique) et la communication au Coeur (abri de Shen) rompue (agitation mentale et difficulté à s’enformir). 

Revenons à la “stase de sang”, qui résonne et me fait à nouveau penser au kyste de l’ovaire au mois de mars. 

Un peu de recherche sur internet me mène à un essai paru en 1997, rédigé par le Dr. Robert HAWAWINI21, ancien membre du Collège Français d’Acupuncture et Président de l’Ecole Française d’Acupuncture d’octobre 2015 à mars 2019, dans lequel il semble relier les kystes ovariens causés par la stase de Qi, avec les Vides d’Energie et de Yang: 

20 Selon la M.T.C., la stase de sang est une production pathogène que l’on peut éliminer, au même titre que les oedèmes ou glaires, évoqués plus haut. 

“Les kystes de l’ovaire en Médecine Traditionnelle Chinoise (M.T.C.), font partie des masses abdominales, Zheng Jia. Les Zheng sont les masses fermes consistantes et fixes, alors que les Jia sont les masses mobiles, apparaissant et disparaissant spontanément. Il y a trois formes de masses fixes: les stases de Qi, les stases de Sang et les stases de Mucosités. Par leur caractère fixe, les kystes de l’ovaire et fibromes utérins font partie des Zheng. Les kystes sont considérés comme des stases de Qi, et les fibromes comme des stases de Sang ou de Mucosités.” (HAWAWINI Robert, Ibid., p153) 

“Bien que le kyste soit une stase, il s’accompagne de Vides d’Energie et de Yang. Les Vides d’Energie et de Yang, sont des causes de stase de Sang et d’Energie.” (HAWAWINI Robert, Ibid., p155) 

Avec la rédaction de cet article et cette recherche de dernière minute, je commence peut-être à approcher de la racine du problème de Virginie, mais cela nécessitera encore des lectures et des séances. Heureusement, le Dr Hawawini, dans sa bienveillance, mentionne des points (Ren Mai et Foie) recommandés par Sun Simiao dans “Prescriptions d’acuponcture valant mille onces d’or”. 

Sources :

3 Fédération Française de Massages Bien-être (FFMBE). Code de Déontologie des masseur·se·s, praticien·ne·s en massages bien-être, article 15, Respect de la pudeur du client.

4 DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin. Manuel d’acupuncture. Bruxelles: Satas, 2017. 678 p. Le méridien du Rein, Rn-3 TAIXI, p.339-342. 

5 DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin. Manuel d’acupuncture. Bruxelles: Satas, 2017. 678 p. Le méridien de la Rate, Rte-6 SANYINJIAO, p.189-192. 

6 DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin. Manuel d’acupuncture. Bruxelles: Satas, 2017. 678 p. Le méridien de la Rate, Rte-9 YINLINGQUAN, p.194-195. 

7 FERRANDO, Amaël. Qigong Tuina : Massage et automassage, Escalquens: Editions Chariot d’Or, 2017. 448 p. Manoeuvres sur le membre inférieur, J33 – Heng Ca Yong Quan, p.389-391.

8 DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin. Manuel d’acupuncture. Bruxelles: Satas, 2017. 678 p. Le méridien du Rein, Rn-1 YONGQUAN, p.336-338. 

9 Selon la vision des points Shu antiques, on pourrait aussi considérer que le travail de l’aspect “Bois” de ce point permet de remettre en mouvement l’énergie du Rein au sein de la roue des cinq éléments dans ce méridien. DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin, Ibid., Rn-2 SANYINJIAO, p.338-339.

13 FERRANDO, Amaël. Gigong Tuina : Massage et automassage, Escalquens: Editions Chariot d’Or, 2017. 448 p. Manoeuvres sur le membre inférieur, J16 – Fen Wei Jing, p.348-350.

14 Le point 36 Estomac est notamment aussi un point Shu antique “Terre” (point “Mer”), donc aussi un point Pen, car c’est un point “Terre” sur une méridien “Terre”, qui est situé à 3 cun (ou un travers de main) en-dessous de 35 Estomac Dubi (ou autrement: à 1 cun en dessous de 34 Vésicule Biliaire Yanglingquan) et à 1 travers de doigt en dehors de la crête tibiale. DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin, Ibid., E-36 ZUSANLI, p.158-161.

15 Le point 41 Estomac est également un point Shu antique “Feu” (point “Fleuve”), qui est situé sur la cheville, sur le pli transversal de l’articulation de la cheville, à mi-distance entre les deux malléoles au mêm niveau que la proéminence de la malléole latérale, dans une dépression située entre le tendon de l’extenseur propre du gros orteil et celui de l’extenseur commun des orteils. DEADMAN, Peter; AL-KHAFAJI, Mazin; BAKER, Kevin, Ibid., E-41 JIEXI, p.167-168.

16 FERRANDO, Amaël. Qigong Tuina : Massage et automassage, Escalquens: Editions Chariot d’Or, 2017. 448 p. Manoeuvres sur le membre inférieur, J18 – Bu Pi Jing, p.353-355.

19 Jean Pelissier

21 HAWAWINI, Robert. Une observation de kyste ovarien. Méridiens, 1997 – n° 109, p.153-179.

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