Pérégrinations spirituelles autour du Vide en énergétique chinoise

Sur le vide énergétique chinois

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Pérégrinations spirituelles autour du Vide en énergétique chinoise

par

Acupression à Distance
Promotion 2020

Introduction

A ma mère,

Merci à Tristan Ganne, rencontré sur une route de la Drôme, d’avoir semé en moi la graine du Tuina

Merci à Amaël Ferrando, d’être ce passeur de tradition, de par ses ouvrages et son enseignement

Merci à Eunsora Ryu, compagne de tous les instants, qui m’a encouragé sur ce chemin de conversion de l’être

« Se déprendre de soi-même (…). Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu’on ne pense et percevoir autrement qu’on ne voit est indispensable pour continuer à regarder ou à réfléchir. » Michel Foucault

Chapitre 1

Beijing, décembre 2016. Un maître et l’un de ses disciples montent tranquillement les escaliers de la colline du Parc Jingshan, au Nord de la Cité Interdite. Le brouhaha des touristes emmitouflés et des marchands ambulants n’empêche pas leur dialogue passionné.

Disciple : Maître, je voudrais faire un point sur le Vide en énergétique chinoise ; ayant découvert bon nombre de sources et d’informations autour de cette notion primordiale, j’ai bien vu que celui- ci était bel et bien un objet plein, d’une certaine densité, de par tout ce qui a pu être dit à son sujet.

Maître : Ta requête est bien vaste, jeune homme ! Je ne pourrais, et je ne veux, que présenter une ébauche de ce qu’il est. Je rappelle ici que le Vide ne peut aller sans le Plein, que ce sont deux notions foncièrement interdépendantes. Pour autant, mon exploration se fera principalement autour du Vide.

Disciple : Je comprends bien, mais comment donc approcher ce Vide et l’apprivoiser ?

Maître : Eh bien, je pars du postulat que nous n’avons pas de connaissance véritable et directe du Vide, nous, êtres de matière, que son expérience nous échappe, car invisible, inaccessible, voire potentiellement sans existence à nos yeux d’hommes modernes. De ce fait, je chercherai à définir ce qu’il est, dans sa fonction et dans sa structure, mais aussi comment l’atteindre, comment en faire l’expérience aussi bien pour le praticien en énergétique que pour le receveur d’une séance d’acupression. Il s’agit de pérégriner, de voyager au loin, en profondeur, au moyen de ce qui est connu, vers l’inconnu.

Je vais donc tout d’abord aborder le Vide du point vue de sa dynamique, de son comportement, de sa fonction, et pour cela je convoquerai l’étymologie et la pensée chinoise ; d’ailleurs peut-être pourras-tu partager tes expériences de pratiques spirituelles ?

Disciple : Je ne sais pas si elles sont pertinentes, vous savez.

Maître : Tu te méprends, là ! Même tes erreurs sont pertinentes, si tu sais en tirer leçon et leur faire face ! Dans un second temps, je m’intéresserai à ce qu’est la structure du Vide, son anatomie, du point de vue de l’énergétique chinoise. Enfin, au regard de la médecine traditionnelle chinoise, je me pencherai sur sa physiopathologie, en commentant un ou deux cas cliniques que tu as pu rencontrer. Il s’agit donc de sonder l’accessibilité au Vide, plutôt de l’ordre de la porosité, via des actions et un ethos tangibles.

Disciple : Notre fil rouge, du coup, tout au long de ce cheminement, ne pourrait-il pas être une forme d’aperception pour faire l’expérience de ces différents aspects du Vide ?

Maître : Tu me devances ! En effet, il s’agira de développer finement notre perception.

Tout d’abord, pour comprendre la dynamique du Vide et pour s’en servir comme d’un principe devant guider notre compréhension et notre action de praticien en acupression et bases du Qigong Tuina, nous allons passer cette notion au tamis de l’un de ses idéogrammes 無 , wú , anciennement :

Cet ancien idéogramme représente l’« action d’une multitude d’homme sur une forêt », la « destruction de cette forêt », le « déboisement », et contient la notion de « disparition de la forêt. »2 Aujourd’hui, le sens général est celui de « disparition, absence, manque, négation ». On peut compléter cela avec l’idée de « défrichage par brûlis », au sens où mettre le feu à la forêt laisse une « terre nue »« gorgée d’éléments nutritifs » et « pleine de mille moissons futures »3. On pourrait voir également dans wú, mis en relation avec son opposé yǒu , une omoplate divinatoire sur laquelle le tison n’est pas encore passé, afin de révéler et faire apparaître un proto-idéogramme oraculaire.

Disciple : Que comprendre alors de cette métaphore de la forêt manifestée glissant et faisant retour vers sa forme potentielle ?

Maître, marchant plus lentement : Eh bien, ici, le Vide n’est pas le rien ou le néant, mais une matrice féconde, symbole de « l’indétermination absolue », contenant tous les potentiels à venir, et surtout le résultat d’un processus qui témoigne d’un passage de la forme au sans-forme, du visible à l’invisible, du différencié à l’indifférencié, du manifesté au non-manifesté. Ce Vide est un état de post-révélation.

Je voudrais insister sur ce processus de défrichage par le feu qui me semble être le moyen de pérégriner un peu plus vers le Vide. En effet, expérimenter ce qu’est le Vide, atteindre à l’invisible, demande un travail acharné, parfois pénible, nécessitant une multitude d’hommes, afin de nettoyer l’équivalent d’une forêt et ce dans le but de cultiver, de prospérer. En fait, le chemin vers le Vide, puisque inconnu de notre expérience, est de l’ordre de la via negativa, selon laquelle nous devons nous épurer, nous délester du connu, remettre en question notre expérience et nos conditionnements socio-culturels pour ainsi faire retour à un état indifférencié où tout est à nouveau possible, comme à l’état de nouveau-né, de cellule souche ou méristématique, afin de (re)trouver la fécondité.

« L’homme pour effectuer le retour à son origine, passe nécessairement par une série de gradations, mais cette fois ascendantes. »4

Disciple : Hum, votre analyse est très proche de celle faite au sujet du Dao, non ?

Maître : Effectivement, Dao et Vide, au point optimum de l’indifférenciation, se rejoignent ou se coproduisent. D’ailleurs, ce mélange, voire cet amalgame, des deux concepts a bien existé dans la pensée chinoise. Le verset 4 du Dao De Jing affirme que « Le Dao est un Vide »5. Dès lors, via ce dénuement, la prospérité, la fécondité obtenue, c’est un état de 自然 , Zìrán, de pure spontanéité, de réaction hautement intuitive à ce qui est. Quand tu atteins ces moments fugaces de béance ou plus exactement quand tu vibres au même rythme que le Vide, tu fais germer en toi Zìrán, un nouvel ethos, un nouveau rapport au monde, empreint de spontanéité. « L’acte décisif naît quand l’intention a disparu.6 » C’est cet ethos que tu dois rechercher idéalement en tant que praticien pour être totalement disponible à ce qui est et agir selon.

Disciple, s’arrêtant : Tout ce que vous dites fait écho, maître. De par le passé, il m’est arrivé d’ainsi régresser à plusieurs reprises, après avoir été attaché à certaines ambitions. Voilà 20 ans, j’ai tout fait pour être comédien en montant sur Paris. Il y a 12 ans de cela, je pouvais rester enseigner en Corée du Sud, avec un certain statut et de la considération. Il y a encore 10 ans, je cherchais une carrière universitaire. Voilà quelques temps, citadin, je vivais très bien en Chine ou à Lyon, dans une grande ville pleine de vie, respecté par mes étudiants. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion d’enseigner le théâtre et de transmettre à mon échelle la méditation Vipassana. Désirs, ambitions, attachements, renforcement de l’égo… Mais était-ce bien moi qui tenait à ces choses-là ? N’étais-je pas tenue par elles via les entrelacs de mon conditionnement socio-culturel ? Je me souviens très bien avoir ressenti une libération dans mon plexus solaire, autour de RM14-RM15, lorsque être acteur ne faisait plus sens, puis lorsque je décidais finalement de rentrer de Corée détournant les yeux du miroir aux alouettes. Idem quand la carrière universitaire ne m’apparaissait plus digne d’intérêt. Et ainsi de suite. Je crois que pérégriner vers le Vide, c’est ressentir ce poids de l’égo nous quitter, s’amenuiser, quand on apprend à abandonner, à décroître, à épouser un chemin en-deçaserti de simplicité et de légèreté, la poitrine se vidant idéalement de toute intention.

Maître : Ton expérience se rapproche de ce que j’ai expliqué. Dans ces pérégrinations spirituelles autour du Vide il y a cette idée de se retirer, effectivement. « Une grande partie de l’enseignement consiste donc à se vider, jusqu’à atteindre une forme de transparence permettant à la Voie de retrouver son chemin à travers soi. »8 Le processus du Vide entraîne la transparence et c’est par elle que Vide et Dao se (ré)concilient.

Disciple : Oui, cette transparence, je la ressens parfois dans ma pratique du Qigong, alors que le Hatha-Yoga n’avait su me mener qu’à une légèreté intérieure, une flexibilité, une rectitude.

Maître : Du Yoga, toi ? Vraiment ? Tu m’as l’air un peu grassouillet, non ?

Disciple : En effet, je ne pratique plus depuis un certain temps, mais je vous assure qu’une pratique quotidienne pendant trois ans m’a vraiment influencée de l’intérieur. J’étais très assidu ! D’ailleurs, je l’ai repris ces derniers jours et, malgré quelques lourdeurs, mon corps se souvient encore assez bien. Revenons au Qigong, si vous le voulez bien. Concentré sur mon corps en posture Zhan Zhuang et sur ses sensations, ou sur mon souffle dans mon DanTian, ou sur le mouvement de mes bras et leur contact avec l’air extérieur, le processus qu’est le Vide se met en place et j’en arrive à une véritable écoute de mon silence intérieur. C’est en suivant ce silence que mon attention se décentre alors, après un temps plus ou moins long, en une grande image, sur l’ensemble de mon corps et sur mes ressentis et que j’ai l’impression d’avoir le corps transparent, comme traversé, ne sachant plus cognitivement où situer mes membres telle une dissolution, absent et vide, faisant écho au Vide en dehors de moi. J’ai eu pratiqué en forêt, sur la plage face au soleil, ou près d’une abbaye en ruine : je ressens plus intensément cette transparence. La densité de l’air extérieur, du Vide qui m’entoure, de l’énergie du soleil, possède une toute autre qualité…

Maître : Vide et transparence sont…

Disciple, excité Cela me fait également penser à mon expérience de la méditation Vipassana : après un certain temps de pratique, assis en méditation, je me voyais quitter brusquement la concentration sur ma respiration pour me retrouver plongé dans mon esprit, bien plus vaste, dans une pleine attention de ce silence intérieur. Comme un spectateur quelque part dans le réceptacle de mon esprit, je suivais de loin le flux entrecoupés d’images, de sensations, de souvenirs. Il m’est arrivé de retourner à la source de certaines intentions, comme lors de mon séjour au monastère Amaravati en Angleterre, et de voir que tout pouvait être abandonné, devenant ainsi plus calme, plus léger, plus libéré. C’est d’ailleurs très proche de mon expérience du qigong, mais dans cette dernière c’est tout le corps qui se retrouve être le réceptacle d’un ensemble de flux, qui ne sont pas seulement des pensées, des sensations, des ressentis. De par mon expérience, le yoga, le qigong et la méditation Vipassana, et même la pratique d’un instrument, sont complémentaires et se renforcent mutuellement.

Maître : Crois-tu ? Il faut trouver de le temps de pratiquer en profondeur… et surtout ne pas se disperser, non ?

Disciple : C’est sûr que mon enthousiasme m’emporte… Ces jours-ci, je ressens plutôt l’énergie circuler dans mes mains pendant ma pratique : c’est une sensation entremêlées de picotements, de vibrations et d’une sorte d’engourdissement très léger.

Maître : Eh bien, tu es passionné, je vois. D’ailleurs, ta passion m’a coupé la parole… ! Tu témoignes là d’un certain travail par la méditation ou par le qigong qui permet de défricher en soi pour atteindre un état altéré, celui de transparence, de Vide originel, c’est-à-dire que tu t’éloignes, par la concentration, de cette forêt faite des strates denses que sont ton ego et tes conditionnements issus du monde des hommes. On a bien vu ensemble que le Vide est de l’ordre de l’inconnu : par cette pratique répétée et constante, tu essaies de l’actualiser dans ta mémoire corporelle afin de le faire advenir. Lors de tes séances d’acupression, à chaque fois que tu es concentré en travaillant méridiens et points, tu devrais pouvoir réactualiser cette mémoire de ton expérience du Vide. D’ailleurs, avec une longue pratique il finira par t’imprégner car tu seras toujours plus en résonance. Et ce sera la spontanéité de tes gestes qui parlera.

Le chapitre 40 du Dao De Jing traduit bien cette remontée du cours des choses en soi, ces pérégrinations depuis les dix mille choses jusqu’à l’inconnu :

Les dix mille choses éclosent depuis le domaine du différencié (dans l’espace-temps du yin-yang) ; et le domaine du différencié éclot depuis le domaine (sans limite) de l’indifférencié.9

Arrivés en haut de la colline près d’un pavillon, surplombant le Sud et la Cité Interdite, le Disciple, étonné, montre du doigt les allés de la Cité pleines de touristes. En petits points lointains, ils semblent grouiller plus particulièrement autour de ce qui se pourrait être le Palais de la Tranquillité Terrestre.

Disciple : Maître, est-ce là la dynamique du Vide ? métaphores pour être appréhendé.

Maître : Tu dois savoir que le chinois à plusieurs idéogrammes pour le Vide, preuve que, malgré cette longue stratification historique qu’est la pensée chinoise, l’inconnu a besoin de nombreuses déficience, et il va de pair avec l’idéogramme 实 shí, Plein, l’excès, c’est-à-dire que le Vide existe

L’idéogramme 虚 xū est celui qui exprime le Vide en médecine chinoise, on pourrait dire la toujours par rapport au Plein. Vide et Plein, c’est un véritable mouvement entre déficience et excès. Ils sont en interdépendance, l’un n’allant pas sans l’autre, comme le Yin évoluant dans un va et vient vers le Yang, le Visible vers l’Invisible, le différencié vers l’indifférencié. On ne connaît l’un que parce que l’on possède une proportion de l’autre. Tu me permettras cette extrapolation : on ne connaît l’inconnu qu’en élargissant le champ du connu.

Le Vide a plusieurs qualités qui témoignent de son dynamisme. En plus de cette réciprocité, le Vide peut être vu comme un réceptacle pouvant être rempli, un passage laissant passer l’existence des souffles, entre flux et reflux, un interstice comblant l’entre-deux tel le yin des hexagrammes du Yi- Jing. Il est un creuset pour toutes les manifestations. Il structure et englobe, il permet le mouvement et se présente comme un lieu où prennent place événements et transformations. Le verset 11 du Dao De Jing dit bien que c’est de leur Vide constitutif que découle l’usage des choses, que c’est le Vide qui est à la base de tout fonctionnement.

Je commence à avoir un petit creux, pas toi ? Une soupe de nouilles bien chaude, ça te dirait ?

Ils s’apprêtent alors à redescendre de la colline.

Chapitre 2

Autour d’une soupe, bouillon dans lequel flottent morceaux de ciboulettes, nouilles et boulettes, bien au chaud, dans un estaminet pékinois, notre disciple continue son incessant questionnement.

Disciple : On vient de tourner autour du Vide sans le voir, comme je touille ma soupe, mais dans ma pratique, comment est-ce que je fais le lien ?

Maître : « Rappelez-vous que, à chaque fois que vous interagissez avec les méridiens, ils sont dans les espaces. »10

Disciple : Ah, mais oui ! C’est ce conseil du Dr Wang Ju-Yi qui m’a interpellé et incité à réfléchir sur le Vide, sur le fait que les points sont vus en médecine chinoise comme des espaces vides. Bien que j’avais conscience que le corps humain est fait d’orifices, j’ai découvert que les points d’acupuncture sont des creux, que les méridiens sont des interstices entre les structures, que les organes Yang sont des lieux de passage, que le triple réchauffeur est un ensemble de cavités, et que par conséquent on peut parler d’une structure anatomique du Vide, d’une anatomie corporelle tissée par le Vide.

Maître : Je vois que tu avais pris de l’avance. Commençons plutôt avec les points d’acupuncture, si tu veux bien. Ils ont pour idéogramme 穴 , xuè. D’un côté, ce sont des espaces topographiques vides car la signification de l’idéogramme est aussi bien troucreux que fosse ; d’un autre côté, ce sont des contenants, des vides fonctionnels pouvant accueillir et laisser passer, la signification étant également celle de cavernegrotteantretanièregîteantre et repère.

Disciple : Mais quelle bête pourrait bien y loger ?

Maître : Pour éclairer ta lanterne, jeune Diogène, il faut s’intéresser à la signification de 穴 en médecine chinoise : dépôt actif des souffles11. Je parlerai même de 穴位, xuéwèi, au sens que ces creux n’ont pas de vertu par eux-mêmes mais occupent chacun une place bien précise, un rang, dans un réseau spatio-temporel tissant le corps12. Nous sommes donc en présence d’un réseau d’anfractuosités interconnectées recueillant les souffles. Ce sont des micro-tourbillons constituant un microcosme qui gouverne l’homme en harmonie avec l’univers13.

« Les points en effet se trouvent dans des intervalles, dans des vides où les tissus sont lâches et peu différenciés, sur des sites centraux, stratégiques et remarquables, et entourés de tissus plus denses et différenciés.14 » Au final, et rejoignant notre première analyse philosophique du Vide, cette explication situe ces espaces vides dans les tissus indifférenciés du corps, dans des intervalles et autour des tissus différenciés que sont les muscles, les tendons, les os et les organes.

Disciple : Vous avez des exemples de localisation de points vraiment situés dans des creux ?

Maître : Oui, regarde. Il lui montre son bras. GI5 est bel et bien dans un espace indifférencié entre le processus styloïde du radius, le tendon de muscle long extenseur du pouce et le tendon de muscle court extenseur du pouce ; son nom, 阳溪 , Yáng Xī, peut se traduire comme Ravin Yang. P5 est dans le pli cubital du tendon du biceps du côté Yin du coude ; une des traductions possibles de son nom, 尺泽, Chǐ Zé, est Marais du coude, laissant cette impression de pouvoir s’y enfoncer. Puis il lui montre son pied. FO3, 太沖, Taì Chōng ou Grande Voie communicante, est un point situé dans un creux à 2 cun en arrière de l’articulation de base du gros orteil. Faisant pivoter son disciple, le maître pose ses mains sur son sacrum. V31 est situé sur le premier foramen sacral du sacrum et s’appelle 上髎, Shàng liáo, Cave supérieure dans l’Os. S’accroupissant, il descend son doigt aux malléoles internes des jambes du disciple. Rn3, derrière la malléole interne au-dessus de l’os du talon, sorte d’intervalle entre os et chair, a pour nom 太溪 , Taì Xī, et l’une de ses traductions possibles est Torrent profond encaissé. Se relevant et lui palpant le dos. Enfin, ajoutons également que les points Shu du dos, de la deuxième branche du méridien de la Vessie, V42, V44, V47, V49 et V52 sont respectivement les logis, les palais, les résidences, des Benshen 本神, les esprits Po, Shen, Hun, Yi et Zhi, où ces derniers sont censés reposer, comme dans des grottes. On peut déjà dire que, dans les points, résident donc diverses densités du Qi… Plus largement, on retrouve dans le nom de nombreux points d’acupuncture cette idée de creux comme contenant ou lieu de passage, avec des termes tels que vallée, caverne, cave, cavité, porte, fenêtre, carrefour.

Disciple : Mais tous les points ne sont pas aussi facilement situés sur des creux.

Maître : Tu as raison. Quand tu mesures la distance avec tes doigts pour trouver un point, tu dois ensuite le masser et chercher son creux, sentir cette anfractuosité. Le creux peut aussi survenir au bout d’un certain temps de pression.

Disciple : Quand je travaille un point, je trouve effectivement ce creux. Il m’est arrivé d’être sur Rn3 ou Rte21 et de ressentir que le point s’ouvrait, que mon doigt était aspiré, s’enfonçait comme dans du beurre, la peau de mes doigts se collant à la peau ou aux vêtements du receveur. Il m’est alors arrivé de ressentir comme le passage de l’énergie, des vibrations, des picotements : c’est une sensation très spécifique. Tous les points ne me font pas cet effet, bien sûr. Quand je suis mal positionné sur le point, ça ne me fait pas d’effet du tout et je cherche à me repositionner. J’ai aussi travaillé avec LaoGong sur DM4 et parce que je venais de frictionner le dos d’un receveur, en laissant ma main sur cette zone en sueur, j’avais l’impression de fusionner avec le corps de ce receveur…

Maître : Reprenons, si tu veux. Au sujet de la dynamique de cette structure, « le point d’acupuncture à cette forme d’un tourbillon, avec au milieu le vide « wu » qui communique avec le Dao, qui pénètre très profondément sous la peau, et avec un Qi qui tourbillonne autour du centre.15 » Tel l’eau s’écoulant par un trou profond, le Qi tourbillonnerait dans le point d’acupuncture et la spirale serait le mouvement du Qi dans ces espace vides. J’associerai cette affirmation à des observations scientifiques faites au microscope d’une aiguille d’acupuncture insérée dans un tissu sous-cutané de rat disséqué : elles ont pu mettre en évidence qu’une spire de tissu était produite lorsque l’aiguille subissait une rotation de la part de l’acupuncteur.16

Disciple : Je dois avouer que lorsque je presse la pulpe de mes pouces ou la base de mes paumes de façon circulaire sur les points d’acupuncture lors de séances d’acupression, il m’est souvent arrivé de visualiser ce spire, cette spirale, pénétrant progressivement le point travaillé et la peau. Cela peut paraître très anecdotique mais en fait je trouve cela très parlant. Je visualise beaucoup : soit cette spirale, soit une aiguille qui rentrerait dans la peau, soit l’énergie qui coule. Idem avec l’aiguille d’énergie, 气针 , qì zhēn. C’est cela qui se passe à une échelle microscopique, alors ! Songeur et pour lui-même: A l’échelle macroscopique, notre galaxie fait partie des galaxies spiralées, y aurait- il une relation ?

Maître : Par ailleurs, certains Qi gong, ou le Taiji Quan de style Chen, mettent l’accent sur le travail de la spirale via rotations, mouvements vrillés, torsions et ondulations. Cela stimule des réactions positives de l’organisme.

Disciple : Revenons à ce dépôt actif des souffles, vous voulez bien ?

Maître : Oui, oui, nous nous égarons légèrement, il y a tant à dire. « Dans le centre vide du micro- tourbillon (l’oeil du cyclone) (…), haque point loge un aspect particulier du Dao (…). » En effet, reprenant la strophe 4 du Dao De Jing et la complétant « Le Dao est un Vide (d’où sort un courant pressant) », on peut penser que le Dao, le Qi, les souffles, le Shen, c’est-à-dire différents stades de condensation de l’énergie, logent en nous, dans nos trous, et nous traversent, nous transpercent, de part et d’autre via ce microcosme de points. Ces points, tels des échangeurs, ont pour nous un effet tampon entre l’extérieur et notre intérieur grâce à leur Vide fonctionnel. Disons que ces points laissent transmigrer en nous esprit, énergie et matière, yang qi et yin qi. Ils laissent aussi passer des informations, c’est-à-dire une qualité particulière de l’énergie. Certains osent une analogie avec les trous noirs de l’univers et affirment qu’« il suffit de lire l’information codée à la surface.17 »

Le maître pose sa cuillère sur la table, suivi de peu par son disciple. Les bols de soupe sont dorénavant vides. Le restaurant s’est également vidé d’une bonne partie de la clientèle.

Disciple, bien repu : Ah oui, quand on prend classiquement le pouls au poignet, les loges du Cœur, du Foie et du Rein sont en réalité au niveau des points P9, P8 et P7 et donnent par là des informations quant à la qualité du pouls (Vide/Plénitude, Froid/Chaleur, etc.).

Maître : Si tu veux… La palpation des points Shu du dos ou des points HuaTuoJiaJi est aussi une récolte d’informations qui permet de voir quel organe est plus ou moins sensible. Plusieurs techniques de palpation de points permettent de récolter des informations diagnostiques, telle que la palpation de Tai Chong (F3), dans le but d’évaluer le type et l’intensité de la douleur, celle de He Gu (GI4)18, en tant qu’indicateur de l’énergie du Poumon, ou celle de Bai Hui (DM20)19, afin de ressentir les zones où la circulation est correcte et les zones où elle est bloquée. Les points d’acupuncture nous parlent donc via leur vide et nous indiquent la densité et la qualité du Qi qui coulent en eux ainsi que les conséquences pour les organes et parties du corps.

Disciple : Dans mon expérience personnelle, lors de mes séances, la palpation des points a souvent révélé des zones douloureuses, par exemple le point Rn7 pour une personne présentant de l’arthrose des chevilles, le point E36 pour une autre présentant une faiblesse générale des jambes, ou le point RM4 pour quelqu’un ayant de sérieux problèmes gynécologiques. Et les HuaTuoJiaJi, bien sûr, sont très efficaces pour ça ! Cette palpation, très mécanique, est en effet été source d’informations. Par contre, d’un point de vue purement énergétique, j’ai encore peu d’expérience.

Maître : J’ajouterai que travailler un point permet de rappeler à l’organisme une information qu’il a oubliée. Par exemple, si tu presses Rn3, tu nourris le Yin du Rein du receveur, tu tonifies le Yang du Rein, tu fortifies la colonne lombaire : tu remets ces informations en circulation dans l’économie générale.20 Avec Rte6, tu tonifies la Rate et l’Estomac, tu élimines l’humidité. C’est cela l’action ou la fonction des points, de ré-informer l’organisme, de le remettre en activité, via la circulation de diverses densités de son Qi. Et selon ta pression, tu donnes de ton côté des informations au point, à l’organisme, tu agis sur ce qui se passe dans le point, sur le Qi même du receveur.

Disciple : Peut-on parler des méridiens, s’il vous plaît ?

Maître : En fait, on se retrouve face à la même intangibilité, partant du différencié pour atteindre l’indifférencié, les méridiens étant des interstices. Ou plutôt, il se situent dans les interstices mêmes. On peut lire dans le Ling Shu : « Les douze jing-mai sont dissimulés et circulent dans les espaces de

la démarcation des chairs. Ils sont situés en profondeur et invisibles.21 » Ici on se doit d’appréhender le corps non pas selon la posture épistémologique occidentale, relevant pour beaucoup de la connaissance, et tout particulièrement de la vision, puisque les méridiens ont ce caractère d’être dissimulés et en profondeur, mais plutôt selon le positionnement épistémologique chinois qui est de l’ordre de la pratique intuitive. On ne verra pas les méridiens mais on pourra les sentir sous nos doigts de praticien : on accède à leur invisibilité via notre intuition. Il n’y a pas la nécessité d’avoir une connaissance anatomique de l’ordre de la preuve scientifique de ces méridiens, même si les Occidentaux persévèrent sur cette voie et sont suivis dorénavant par les Chinois eux-mêmes.

Disciple : D’ailleurs, peut-être que de vouloir chercher absolument cette preuve de leur existence, bien que gain analytique, est une terrible perte d’un point de vue intuitif, non ?

Maître : En effet, tu dis juste ; il ne faut pas oublier que leur véritable distinction et localisation ont une valeur symbolique. « Les méridiens d’acupuncture sont les espaces entre les organes, entre les muscles, la chair, les os, la peau. Tous ces espaces (…), comme une route, sont définis par les choses autour d’eux. Les méridiens sont des choses vides. Dans l’espace entre les vaisseaux sanguins. »22 Les méridiens sont comme les rues entre les pâtés de maison, avec leurs magasins, leurs cafés et leurs bâtiments ; l’activité des camions poubelles, des camions de légumes, des touristes dans ces rues correspond aux processus physiologiques des méridiens.

Disciple : Je crois comprendre. Si l’activité qu’il y a dans les rues est inhabituelle, voire s’il n’y a pas d’activité du tout, on sera en présence d’une situation pathologique, d’une physiologie anormale.

Maître : Voilà, c’est ça. En fait, les méridiens ne sont pas seulement de l’ordre anatomique : au lieu de cela, ils sont définis par la physiologie se passant dans les espaces anatomiques entre les structures.

Plutôt que de te montrer les résultats des observations faites au microscope, dont nous avons parlé, ce qui réveillerait les aires de ton cerveau gauche, analytique, utilisons à nouveau l’étymologie des idéogrammes et leur force imagée. Si tu prends dans l’idéogramme 经脉, jīng mài, qui signifie méridien principal, le caractère de droite de 脉 , mài, celui-ci représente une montagne avec son sommet et son point le plus bas, avec le flux des liquides qui y circulent. Les méridiens sont tels des montagnes avec des structures hautes et basses, des vallées et des criques ; un flux de haut en bas traverse ces structures, comme une rivière à travers les montagnes dont le lit évolue avec le temps, rétrécissant, grossissant, devenant plus rapide, étant détourné ou bloqué par divers barrages survenus ici et là. Le processus physiologique ayant lieu dans ces espaces anatomiques évolue et change avec le temps. Ces espaces mêmes évoluent constamment comme des passages, dans la vie quotidienne mais aussi dans le processus de la maladie.

Pour conclure sur ces espaces vides que sont points et méridiens et afin, quand même, de leur donner une possible matérialité scientifique, je te ferai remarquer que « plus de 80% des points d’acupuncture et 50% des intersections méridiennes du bras sembl coïncider avec les plans du tissu conjonctif intermusculaire ou intramusculaire.23 » C’est-à-dire que ces méridiens seraient ce qu’on appelle aujourd’hui les fascias, un réseau fibrillaire courant de la surface de la peau jusqu’au plus profond de l’os et des cellules, et où il n’y a pas d’espace libre, tout étant en continuité. Ces fascias commencent à être bien connus et restent des découvertes passionnantes. La civilisation chinoise a fortement symbolisé le Vide et l’Occident est en train aujourd’hui d’absolument lui trouver une explication matérielle et analytique : ça le démange de vouloir voir, nommer, la Nature n’aimant pas le Vide d’après ses dires…

Disciple : Tout ce que vous venez de m’expliquer sur les points et les méridiens en tant qu’espaces vides me font penser au boucher de Zhuang Zi qui « opère à travers les endroits vides. »24 C’est à moi dorénavant de l’égaler par ma pratique répétée sur ceux et celles qui reçoivent mes séances d’acupression. Je dois repérer creux et interstices stratégiques, mais aussi être à leur écoute, pour agir sur eux et rééquilibrer leur Qi y circulant…

Maître : Laisse-moi encore te parler du Triple Réchauffeur, organe Yang par excellence. Sache que les entrailles (Vésicule Biliaire, Intestin Grêle, Estomac, Gros Intestin, Vessie, Triple Réchauffeur) sont des organes creux, des cavités laissant passer les flux, recevant les aliments et les boissons, les digérant, les transformant, transportant les éléments nutritifs et évacuant les déchets ; au contraire des organes Yin, les Yangs ne contiennent rien. Et cela ajoute un peu plus au fait que nous soyons des êtres percés de part et d’autre de mille trous… Par rapport aux autres organes Yang, je te ferai remarquer que la nature même de cet organe qu’est le Triple Réchauffeur est de l’ordre de l’indifférencié, du flou, du sans forme, pure théorie pour certains, portant un nom et donc ayant une existence, mais une existence symbolique sans doute.

Disciple : Sur notre chemin, c’est encore une trace de ce Vide à la fois réceptacle, siège de processus et lieu de l’invisible.

Maître : Cet organe symbolique regroupe l’ensemble des cavités du corps, les 3 principales que sont la cavité thoracique, la cavité abdominale et la cavité pelvienne, ou Réchauffeurs Supérieur, Moyen et Inférieur, mais aussi des cavités plus petites disséminées partout dans le corps, soit les cavités articulaires, l’espace entre la peau et les muscles appelé 理腠, Còu Lǐ, l’espace au-dessus du diaphragme et celui entre les Membranes inter-organes.

Disciple : Je comprends bien que terminer avec le Triple Réchauffeur, pour faire un rapide tour de l’anatomie du Vide, ce n’est que la continuité de ce que vous avez dit précédemment concernant les points et les méridiens.

Maître : Cet organe est comme le Chaudron, de l’hexagramme 50 du Yi-Jing, vase tripode qui symbolise un « instrument de communication avec l’invisible » et qui « établit par l’entrecroisement d’une élimination et d’un épanouissement une circulation et, par là, une transformation qui touche à l’essentiel25 ». En effet, permettant de faire circuler, d’assurer le libre passage, de distribuer (通 ,tōng) aussi bien que d’excréter, de libérer ( , chū), le Triple Réchauffeur est le lieu même des transmutations. Il contrôle toutes les cavités ainsi que le Qi qui y entre afin d’offrir une bonne irrigation et lubrification à l’ensemble, avec le Sang et les Liquides Organiques. Également, c’est dans le Triple Réchauffeur qu’est mobilisé via différentes formes le Yuan Qi, c’est-à-dire la sublimation de l’Essence du Ciel Antérieur en Qi. C’est là que ce Qi originel peut remplir ses fonctions de fournir de la chaleur à la Rate et au Rein dans les deux Réchauffeurs du bas, de faciliter la transformation du Qi complexe en Qi Vrai et du Qi des Aliments en Sang dans le Réchauffeur Supérieur. Un peu comme dans un chaudron, les transmutations prennent la forme dans le Réchauffeur Supérieur de brume, dans le Moyen de macération et dans l’Inférieur de déchets.

Disciple : Je suis désolé, Maître, mais ces trois foyers me font penser aux trois DanTian…

Maître : Là, tu t’égares, pérégrinant un peu trop loin… Obnubilés par les choses, nous nous oublions nous-mêmes.

Disciple : En effet, un tourbillon m’a emporté au loin. Cela fait bien longtemps que nous avons fini notre soupe ! Allons-nous dégourdir les jambes.

Ils se lèvent et sortent de l’estaminet, sous le regard impatient du tenancier. En effet, plus un client à l’horizon. Le personnel a fini de débarrasser.

Chapitre 3 et cas pratiques

Dans le bureau du maître, le disciple est maintenant assis non loin de son maître. Celui-ci debout, près d’un meuble, repositionne des petites statuettes de jade représentant un tigre et un dragon.

Disciple : Très bien, je perçois un peu mieux ce que sont les processus physiologiques ayant lieu dans ces différents espaces que vous m’avez présentés. Je voudrais connaître maintenant ce qu’est le processus physiopathologique de la maladie dans ces espaces vides…

Maître : Je resterai concentré autour de la question de Vide pathologique puisque nous pérégrinons autour du Vide. En Médecine Traditionnelle Chinoise, une pathologie de type Vide est une insuffisance de Zheng Qi, de Qi Correct, au sens où le Qi Correct englobe toutes les formes du Qi et du Sang. Ce Qi Correct permet au corps de résister aux facteur pathogènes. En situation de Vide, le Zheng Qi n’est plus là et dès lors c’est le Xie Qi, le facteur pathogène, l’énergie pathogène, qui peut s’infiltrer dans l’espace laissé vacant. Une pathologie de type Vide est plutôt ressentie légèrement et avec de la gêne alors qu’une Plénitude est vécue plus fortement et intensément, avec un caractère de gravité. La pathologie de type Vide est plus souvent chronique, avec une apparition plutôt lente et progressive.

Disciple : Donc, si je comprends bien, la physiopathologie ayant lieu dans ce Vide c’est celle du Qi Correct et des facteurs pathogènes qui sont en interaction constante, en potentielle lutte.

Maître : Oui, c’est ça, les facteurs pathogènes changent souvent de nature et peuvent léser le Qi Correct, ce dernier essayant de les éliminer. Tu dois avoir à l’esprit que le mode de vie (alimentation, activités, exposition aux facteurs pathogènes, relations humaines) en tant que contexte environnemental et socio-culturel est à l’origine de notre physiologie et donc des pathologies auxquelles nous sommes exposés. La physiopathologie extérieure à notre organisme se retrouve dans les flux sous-tendant nos espaces vides au sens où les énergies évoluant autour de nous se retrouvent être les mêmes qui pérégrinent en nous.

Disciple : Oui, évoluer dans un environnement malade nous rend malade si nous ne sommes pas suffisamment sains et forts…

Maître : Oui, mais pas seulement. Une population rurale qui travail dur, dans le Vent, dans le Froid et l’Humidité, avec une alimentation insuffisante, sera plus sensible au Vide de Yang. Des citadins avec un travail intellectuel intense et beaucoup de stress, trop bien nourris d’aliments gras et industriels, exposés au chauffage central, auront une tendance au Vide de Yin.26

Disciple : Ah oui, j’ai moi-même fait l’expérience que je pouvais être quelqu’un de différent selon mon environnement, en vivant à Paris avec un travail stressant et faisant du Yoga en appartement et par la suite en étant stagiaire agricole quelques mois au Pays de Galles, travaillant physiquement au grand air. Cette expérience, ma compagne l’a vécue encore plus fortement que moi et a découvert que travailler physiquement modifiait sa physiologie car elle n’avait plus ses problèmes de règles douloureuses. A cela s’ajoutait bien sûr un ensemble de pensées, de paroles et de comportements différents d’un milieu à un autre. J’ai compris que le Yoga m’avait aidé à avoir une activité physique alors que j’étais enseignant, activité physique devenue inutile quand j’avais de dure journée à désherber, à faire des semis ou à récolter.

Vide de Yang, Vide de Yin, Vide de Qi, ce sont justement les tableaux pathologiques que j’ai rencontrés en tant qu’apprenant praticien.

Le maître se dirige vers la fenêtre du bureau pour l’ouvrir en grand et laisser ainsi pénétrer la lumière diffuse du soleil sur le visage de son disciple.

CAS #1

Par exemple, le cas d’une femme de 67 ans que j’ai rencontrée pour de l’arthrose au sacrum et aux chevilles. Elle avait des douleurs au sacrum des deux côtés, mais plus à gauche, surtout quand ses gestes prenaient appui sur le bassin. Elle avait également des douleurs aux chevilles, plutôt fixes : elle a décrit cela comme des raideurs, une gêne, voire des coups de couteau, quand elle marchait c’était plus douloureux. Elle se sentait donc limitée dans ses mouvements. A la deuxième rencontre elle m’expliquera avoir une arthrose de type promeneuse mais je n’en ai pas tenu compte dans mon bilan.

Elle est quelqu’un de frileux, toujours avec des écharpes depuis l’enfance ; quand elle a froid à la nuque, elle a des vertiges. Ses pieds sont toujours froids. Elle n’aime pas quand il fait trop chaud, l’humidité l’indiffère et elle adore le vent : « Il faut que les choses bougent » m’a-t-elle dit. Il m’a semblé qu’on avait là une pathologie chronique de type Froid-Vide, un Vide de Yang du Rein.

Maître : En effet, c’est très probable. Le Vide de Yang du Rein s’exprime par une insuffisance de Yang Qi et, du coup, le Feu de Ming Men ne réussit plus à réchauffer le corps, c’est pourquoi ta consultante craint le froid et se retrouve avec du Froid dans les jambes. D’ailleurs, ce Froid, en envahissant les méridiens Luo de communication, peut être la cause de ses douleurs articulaires au sacrum, aux chevilles, mais également à toutes les articulations. C’est ce qu’on appelle le Syndrome Bi, d’obstruction douloureuse, des méridiens ; ici, il semble que ce soit le Froid qui obstruait.

Disciple : Progressivement, je me suis orienté vers ce terrain de Vide de Yang du Rein. En effet, depuis 12 ans, elle a eu des diarrhées du chant du coq importantes, mais moins violentes ces derniers temps. Elle sortait de 3 jours de diarrhée à la consultation. Elle m’a dit « ne pas se sentir propre à l’intérieur » avec ces diarrhées. Bon, ses diarrhées étaient terminées au moment de la consultation, mais ça me semblait assez clair.

Maître : Oui, on reste bien dans le Vide de Yang du Rein ! Celui-ci, insuffisant, a des difficultés à transformer les liquides de l’abdomen et à assister la Rate pour que celle-ci garantisse sa fonction de transformation et de transport, d’où ces diarrhées chroniques.

Disciple : Elle m’a ensuite confié avoir pris du poids depuis 15 ans.

Maître : Cela peut provenir d’une faiblesse de la Rate, qui n’arrive plus alors à transformer et à transporter les aliments et les boissons correctement…

Disciple : Oui, oui, j’ai hésité quant à un possible Vide de Yang de la Rate associé.

Maître : La rétention durable d’Humidité, due au vide de la Rate, a pu éventuellement toucher le Rein en obstruant le mouvement des liquides et donc engendrer ce vide de Yang du Rein.

Disciple : Elle m’a expliqué qu’auparavant un acupuncteur lui avait déjà diagnostiqué un Vide du Foie, en raison de lourdeurs, de douleurs aux hypocondres ; cela m’a malheureusement influencé et induit en erreur quant à mon bilan énergétique.

Elle m’a avoué « recevoir tout très fort » émotionnellement. Elle faisait des cauchemars à ce moment-là car elle craint pour l’avenir de ses petits enfants en raison de la grave situation écologique.

Ce jour-là, elle n’avait pas d’élan, sans être vraiment fatiguée, plutôt las. Sa fatigue était corrélée à ses douleurs.

D’autres détails. Elle est sujette aux infections urinaires. Elle s’était également tordue le pied récemment, ainsi que le pouce du pied. A la deuxième rencontre, elle me parlera d’effritement osseux aux orteils et aux doigts. J’ai vu là un Vide de Jing latent.

Maître : En effet, l’Essence du Rein diminue avec l’âge et n’arrive donc plus à nourrir la moelle osseuse et les os, qui deviennent cassants et fragiles.

Disciple : Elle est essoufflée depuis l’enfance quand elle monte des escaliers. C’est une fumeuse. Elle m’a dit fumer un paquet par jour.

J’ai remarqué qu’elle avait une mèche de cheveux jaunie parmi ses cheveux gris-blanc, des pommettes très légèrement rouges, un teint pâle, une joue avec un petit point violacé.

Sa langue était pâle avec un enduit plutôt au niveau du Rein. A ce même niveau, il y avait une fissure centrale assez profonde. La langue était plus fine en bas, les côtés étaient très légèrement marqués, rosés.

Son pouls était à 64-65 battements minutes, plutôt faible ; il sautait car parfois je le perdais. Le pouls du Rein était profond, d’ailleurs l’ensemble du pouls était plus profond à la main gauche. A droite, le pouls de la loge Rate/Estomac était plus régulier.

Maître : Beaucoup de choses avec cette patiente, dis donc. Et ton bilan énergétique, alors ?

Disciple : Oui, ce n’était pas un cas facile ; je pense qu’il y avait beaucoup de symptômes secondaires et c’était difficile de faire un choix. Il fallait me lancer ! Selon les 8 principes, j’ai pensé à Interne, Froid, Vide et Yin. Mon bilan selon le Qi, le Sang, les L.O. a été Froid Vide, Vide de Yang principalement. Lors de la première séance, je pressentais un Vide de Yin et celui-ci me sera confirmé lors de la deuxième séance, la langue cette fois-ci étant entremêlée de parties pâles et d’autres rouges, avec l’impression que la fissure en profondeur, au niveau du Rein, était différente et rouge. Mon bilan selon les organes et les entrailles : il était clair que la sphère du Rein était touchée par un Vide de Yang et un Vide de Yin, ainsi qu’un Vide de Jing. Le tableau pathologique Le Rein ne reçoit pas le Qi me semblait également probable et devait impliquer indirectement le Poumon, en raison de l’essoufflement chronique et peut-être des infections urinaires… Mais ce dernier était un symptôme secondaire qui ne la gênait pas réellement au moment de la consultation. J’ai pensé que le Poumon ou la Rate étaient impliqués mais sans savoir comment exactement…

Comme principes de traitement, j’ai choisi de chasser les pathogènes en dispersant le Froid et de tonifier le Yang du Rein. Lors de la première séance, il m’a paru bon de tiédir les méridiens, de

désobstruer les collatéraux via des points locaux, ce que j’ai abandonné à la deuxième séance pour me concentrer sur la racine. Lors de cette deuxième séance, il m’est apparu clairement qu’il fallait nourrir le Yin du Rein et tonifier le Jing.

Les points choisis lors de la 1ère séance : V18, V23, DM4, V32, V40, Rn7, V60, Rn1.

J’ai choisi V18 je pense par erreur car je pensais que le Foie était touché… J’ai choisi V23 pour tonifier le Qi du Rein, et éliminer le Froid, et DM4 pour tonifier le Rein, l’aspect Yang de l’Essence, le Feu de MingMen et le Yang véritable ; j’ai travaillé les points en friction horizontale Heng Ca Ming Men puis avec Zhuang Ming Men Huo. En même temps avec l’autre main, j’ai travaillé avec LaoGong V32 en tant que point local du sacrum pour faire circuler le Qi et le Sang, et arrêter la douleur. Par la suite, à l’aide de l’aiguille d’énergie, j’ai utilisé V40 en tant que point distal et point empirique pour les lombalgies, qui régularise le Qi et le Sang dans le méridien de la Vessie. A ce moment-là, la receveuse avait l’impression que sa tête gonflait. Elle était très réceptive, avec beaucoup de sensations et de commentaires.

Comme point proximal des chevilles, Rn7 m’a permis de continuer à tonifie le Yang du Rein, résorber les œdèmes et renforcer la fonction qu’à le Rein de recevoir le Qi, si vraiment le tableau

« Le Rein ne reçoit pas le Qi » était impliqué. Ce point était douloureux à gauche ; je l’abandonnerai à la deuxième séance et y reviendrai aux séances suivantes car cette sensibilité m’a semblé être une information importante. Comme point local de la cheville, V60 avait pour objectif de désobstruer les LuoMai, mobiliser Qi et Sang et arrêter la douleur, en plus de renforcer le dos.

Ce jour-là, j’avais l’intention de faire également E36, RM4, Rte6, VB34, mais par manque de temps j’ai terminé avec Rn1 qui lui a fait libérer un certain nombre de tensions. Je pense que ne pas avoir travaillé sur le côté Yin du corps a été une grave erreur. A la suite de la séance, cette receveuse a eu très soif, des borborygmes et une grosse fatigue pendant près de 4 jours. E36 aurait pu atténuer cette fatigue. Elle a eu également beaucoup moins de douleurs ; elle a pu faire son jardin et ses tâches ménagères avec moins de peine, ce qui m’a en partie conforté sur mon traitement.

A la deuxième rencontre, sa langue était aussi bien pâle, blanche, que légèrement rouge, selon des traits verticaux, avec la même fissure, et j’y ai discerné un Vide de Yin, que j’avais pressenti la première fois.

Les points choisis lors de la deuxième séance : Rte6, V23, DM4, V32 (plus exactement un point Ah Shi), RM4, E36, Rn3. A la suite de Heng Ca Ming Men et Zhuang Ming Men Huo, j’ai tenté d’harmoniser Poumon et Rein via Fei Shen Xiang He (en fait la consultante présentait un œdème au niveau des chevilles, que je n’avais pas vu auparavant).

En plus d’une soif importante, la receveuse a eu une grosse diarrhée 30 min. plus tard et est allée à la selle 10 fois ce jour-là. Les jours suivants, plus de diarrhée ; par contre, elle a eu « beaucoup moins mal » et a regagné « du fond en énergie. » De plus, elle m’a dit avoir eu moins froid aux pieds le soir dans la semaine suivant la séance.

Même s’il y a eu quand même un bon résultat, lors de ces deux premières séances, je me suis éparpillé dans mon bilan et dans mon traitement.

A la troisième rencontre, la langue était plus rouge en bas, et le Vide de Yin se confirmait alors que le Vide de Yang prenait ses distances. Le pouls était de 67 pulsations minute, mais je le sentais un peu plus fort à la loge du Rein.

Les points choisis lors de la 3ème séance : V23, V52, V40, V60, RM4, E36, Rte6, Rn7, Rn3. Pas de manœuvre pour frictionner DM4, telle que Heng Ca Ming Men ou Zhuang Ming Men Huo. J’ai alors décidé de me concentrer sur le Vide de Yin et sur le Vide de Yang du Rein.

Après cette séance, elle m’a dit s’être sentie en bonne forme, sans effets secondaires, pendant plus de 4 jours.

Avant la 4ème séance, elle avait eu une diarrhée importante la veille. Ce jour-là, elle était fatiguée. Son pouls était très faible, lent, profond, intermittent ; sa langue était sèche, rouge, mêlée de blanc, avec une fissure centrale.

Les points choisis lors de la 4ème séance : V23, V52, V40, V60, RM4, E36, Rte6, Rn7, Rn3. Suite à cette séance, elle a retrouvé « pas mal d’énergie » et elle a eu beaucoup moins de douleurs.

Pour les 5ème et 6ème séances, j’ai fait le même choix de points. Les séances étaient un peu trop espacées dans le temps et j’ai eu l’impression qu’il fallait recommencer à chaque fois. Il n’y a pas eu une véritable continuité dans le traitement.

Maître : Et quels ont été tes conseils d’hygiène de vie à son égard ?

Disciple : J’ai essayé de discuter avec elle pour voir si elle pouvait baisser le nombre de cigarettes fumées par jour. Je lui ai dit de ne pas faire trop d’efforts physiques même si elle se sentait énergique après mes séances. Je lui ai conseillé de rester bien couverte et de bien se reposer. Après les 3 premières séances, je lui ai demandé de bien s’hydrater.

CAS #2

Je voudrais maintenant vous parler d’une femme, de 40 ans, que j’ai vue une fois par semaine et qui avait les doigts, les mains, les poignets et les avant-bras très enflés et douloureux aux articulations ; elle venait de passer une semaine très intense à son travail, dans la restauration. La mobilité de ses poignets et de ses doigts était très réduite, car elle ne pouvait quasiment pas fermer ses mains. Elle y ressentais une sensation de lourdeur. L’ensemble de ses articulations étaient également douloureuses, plus particulièrement les chevilles et les genoux. A l’entretien, rien d’autre n’est apparu de pertinent. Sa langue était humide, indentée, plutôt pâle avec un enduit blanc très léger, rosée au niveau de la zone du poumon et du cœur.

Son pouls, à 75 pulsations minute, était légèrement vaste au niveau de la loge médiane et plus faible à la main droite. Selon les 8 principes, j’ai pensé à Interne, ni Chaleur, ni Froid, plutôt une Plénitude, plutôt Yang dans le Yin. Je me suis dit qu’il y avait une accumulation de Glaires- Humidité dans les méridiens car je ne voyais pas bien quel organe pouvait être touché… sans doute la Rate ? Peut-être un Vide sous-jacent du Rein ? J’ai donc décidé de me concentrer sur la branche, les douleurs et les gonflements aux poignets, car il s’agissait d’une situation aiguë.

J’ai choisi les points suivants : GI4, GI5, P7, C7, IG5, et TR6 pour des points locaux, ainsi qu’un point Ah Shi proche de GI3. A cela, j’ai ajouté E40, Rte9 et Rte2127.

Je lui ai proposé tout d’abord de faire un bain de mains et de pieds avec du gros sel. Puis j’ai travaillé les points locaux du poignet droit en aiguille d’énergie uniquement, d’abord GI4 et GI5, puis P7 et C7, et enfin IG5 et TR6, le tout un bon quart d’heure, en concluant avec Rte21. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à bouger les doigts de la main droite : « Oh, je peux les bouger », m’a-t-elle dit, « regarde, j’arrive à fermer ma main, elle n’est plus aussi enflée. »

Maître : Bon résultat, dis donc !

Disciple : Oui, en effet, j’étais assez satisfait. D’ailleurs, cette satisfaction ne m’a plus quitté quand j’ai commencé à faire la même chose sur le bras gauche. Alors que j’étais concentré, en travaillant

sur le bras droit, cherchant à faire le Vide et y réussissant plutôt bien, sans l’intention de réussir ou de guérir, avec le bras gauche et sachant que le choix des points avait été efficace, je me suis retrouvé déconcentré et avec l’intention de réussir, de devoir faire aussi bien, et cela m’a perturbé pendant les 15 minutes. J’ai terminé avec une huile de massage végétale sur les poignets, avec un mélange d’huiles essentielles telles que gaulthérie couchée, eucalyptus citronnée et hélichryse corse.

A la 2ème séance, j’ai complètement échoué : sa main était toujours douloureuse, surtout au niveau de TR4, bien que non enflée. En une séance de près de 40 min, mon choix de points, TR4, P7 et VB40, s’est avéré totalement inefficace…

A partir de la séance 3, je lui ai demandé de ne plus faire de bain de sel pour vérifier si le traitement était efficace ou non.

Séance 3 : GI4, GI5, P7, TR6, IG5, C7, Rte9, E40, Rte21.

A la séance suivante, elle éprouvait un fort manque d’appétit et une forte fatigue dus à son travail. Séance 4 : GI4, GI5, P7, TR6, IG5, Rte9, E40 et RM12, Rte3 pour l’inappétence.

Séance 5 : GI4, GI5, P7, TR6, IG5, Rte9, E40 et V17, V20, V21, RM12 et RM4. Je tâtonnais :

j’avais conscience qu’il y avait un Vide au niveau de la Rate ou de l’Estomac.

A la 6ème séance, la fatigue et l’inappétence étaient doublées de nausées très faibles le matin au réveil, tôt avant d’aller travailler. J’ai enfin pu conclure à un Vide de Qi de l’Estomac. J’ai appris au même moment qu’elle mangeait plutôt mal le midi à son travail.

Séance 6 : GI4, GI5, P7, TR6, IG5, Rte9, E40 et MC6, RM10, RM12, E36, V21 pour le Vide de Qi

de l’Estomac.

Maître : Ici, l’Estomac, en tant que Racine du Qi du Ciel Postérieur, est le lieu de la production du Qi extrait de la nourriture. Avec un Estomac faible, le Qi est insuffisant, la fatigue apparaît, principalement le matin, et les organes en souffrent. Résultat pour cette femme de 40 ans ?

Disciple : De manière générale, les points locaux autour du poignet ont été très efficaces pour faire désenfler les mains et pour atténuer les douleurs. Je lui ai conseillé de continuer les bains de sel pour les mains, de mettre à l’occasion des huiles essentielles sur ses poignets et de faire des exercices et des auto-massages que je lui ai montrés, à base de rotation des articulations et d’étirements.

Le maître ferme la fenêtre, met son manteau et invite d’un signe de la main son disciple à sortir à l’extérieur.

Chapitre 4 – Conclusion et Sources

De retour dans une rue marchande bondée de monde, de jeunes mangeant des brochettes de viande, entre camions de légumes et deux roues motorisés, et dans la cacophonie musicale des magasins de téléphones mobiles. Le maître et son disciple marchent côte à côte.

Disciple : Je voudrais insister sur la difficulté à se concentrer, à faire le Vide en soi, à chasser toute intention. Très souvent, quand je travaille, j’émets l’intention de faire circuler l’énergie en spirale depuis mon majeur, Lao Gong, ou lors des pressions du pouce, et ce type d’intention qui comble le

Vide est plus facile à manipuler. Je pense que je dois encore travailler la méditation pour ancrer cet état de calme vide en moi et le faire advenir au bon moment.

Maître : Tu as bien raison, il y a encore beaucoup de chemin à faire, petit. C’est bien que tu aies conscience de toute cela, et peut-être que tu extrapoles pas mal, mais cela signifie que tu restes vigilant à tout ce qui se passe. Tu dois persévérer, pratiquer sérieusement et en continu, pour apprendre à faire le Vide en toi, à être disponible, t’éloigner de toutes représentations. « C’est seulement dans cette totale disponibilité, voisine de l’absence, que toutes nos ressources et nos forces peuvent s’assembler pour produire l’acte nécessaire. »28

Disciple : J’ai besoin de vos encouragements, Maître. Ce chemin de rigueur n’est franchement pas évident.

Maître : Mais, tu as mon soutien ! Moi-même, je reste vigilant et comme tu dis, cela n’est pas une évidence. Tout est affaire de progression. « C’est ainsi que l’adepte devient progressivement maître de son corps et de son esprit, maître du monde et des transformations, pour, dans une phase ultime, dissoudre son moi dans la vacuité et laisser œuvrer en soi et au dehors le mécanisme merveilleux des créations et des transformations. »29

  1. Michel Foucault, Histoire de la sexualité II, L’usage des plaisirs, Éditions Gallimard, 1984, p. 14-15.

  2. Léon Wieger, Caractère chinois, gallica.bnf.fr, 1916, p. 43

  3. Cyrille D. Javary, Les trois sagesses, Albin Michel, 2010, p. 48-50

  4. Gu Meisheng, Le chemin du souffle, Les Éditions du Relié, 2017, 2019, p. 26

  5. Dao De Jing à l’usage des acupuncteurs, traduit par Henning Strom, Editions You Feng, 2018, p. 18

  6. Jean-François Billeter, Etudes sur Tchouang-Tseu, Éditions Allia, 2021, p. 90

  7. Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Éditions du Seuil, 1997, p. 208

  8. Amaël Ferrando, Qigong Tuina Philosophie et diagnostic, Éditions Charriot d’Or, 2020, p. 179

  9. Traduction personnelle

  10. Wang Ju-Yi, Robertson J., Channel Palpation on Individual Channels (DVD), AVRecord, 2010, DVD 1.2 11:35 (ma traduction de l’anglais)

  11. Grand dictionnaire Ricci de la langue chinoise, Éditions Les Belles Lettres, 2016

  12. L. Tenenbaum, « Écrire, parler, soigner en chinois », Éditions You Feng, p. 143

  13. Henning Strøm, Le petit monde merveilleux des points d’acupuncture, Editions You Feng, p. 13

  14. Henning Strøm, ibid, p. 13

  15. Henning Strøm, Analogies entre les points d’acupncture et l’empire chinois traditionnel, Editions You-Feng, 2008,

    p. 9

  16. Langevin H M and Yandow J A (2002) Relationship of acupuncture points and meridians to connective tissue planes. Anat Rec. December ; 269 (6) 257-265

  17. Denys et Victor Jacques, Petit traité géométrique de médecine chinoise, Discovery Publisher, 2020 + https://www.facebook.com/search/top?q=petit%20trait%C3%A9%20g%C3%A9ometrique%20de%20medecine

    %20chinoise

  18. Amaël Ferrando, ibid, p.252

  19. Amaël Ferrando, ibid, p.254

  20. Jean-Marc Kespi, Médecine traditionnelle chinoise, Editions Marabout, 2008, p. 27

  21. Ling-Shu, Chapitre 10. Ling Shu, base de l’acupuncture traditionnelle chinoise, Ming Wong, Masson, p. 104

  22. Wang Ju-Yi, Robertson J., ibid.

  23. Langevin H M, ibid.

  24. Tchouang-tseu, Oeuvre complète, traduit par Liou Kia-hway, Folio essais, 2011, p. 61

  25. Cyrille J-D Javary, Pierre Faure, Yi-Jing le livre des changements, Albin Michel, 2002, p. 813

  26. Jeremy Ross, Associations de points, La clés du succès en acupuncture, Satas, 2000, p. 41

  27. Sun Peilin, La douleur en Médecine Chinoise, Diagnostic et traitement, Satas, 2008, p. 440

  28. Jean-François Billeter, ibid, p. 88

  29. Catherine Despeux, Le QiGong de Zhu Lüjing, Guy Trédaniel Editeur, 2011 p. 81

Ouvrages généraux :

Claudia Focks, Atlas d’acupuncture, Elsevier Masson, 2009

Giovanni Maciocia, Les principes fondamentaux de la médecine chinoise, 3ème édition, Elsevier Masson, 2018 Giovanni Maciocia, La pratique de la médecine chinoise, 2ème édition, Elsevier Masson,, 2011

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